lundi 7 février 2011

Kull de Bolton & Moench (1987)

kull carnage delcourt
Je n’ai découvert le personnage de Kull qu’assez récemment grâce aux rééditions chez Bragelonne de l’œuvre de Robert Howard. Différencier le personnage de Kull de celui de Conan semble assez difficile tant ils sont semblables même physiquement.
Kull a été créé en 1929, soit trois ans avant Conan. Il semble que ça soit à la naissance de Conan qu’Howard a voulu créer une cohérence entre les deux univers, Kull ayant vécu à l’ère précédente, celle de Conan.

Dans cet album, nous retrouvons Kull devenu roi d’un royaume fleurissant. Le temps des combats est loin et Kull s’ennuie. Cette lassitude va être exploitée par les hommes-serpents, une ancienne race qui dominait la terre avant le règne des hommes et désireuse de restaurer son pouvoir. La force d’Howard est d’insuffler de la subtilité dans le caractère de son personnage. Alors que Kull est un barbare, l’accession au trône dans un royaume plus civilisé que celui dont il est issu le met face à ses responsabilités et ouvre alors une réflexion sur sa propre condition et sur le monde qui l’entoure. Kull se rend compte que sa sauvagerie est quasi désuète face à la modernité en marche, tout en étant conscient que c’est sa force (de caractère ou physique selon les moments) qui va permettre l’évolution de son monde face au conservatisme de ses adversaires. 
Conscient de cette dualité et de la nécessité d’évoluer, le héros plonge dans une sorte de mélancolie. C’est cette faiblesse que ses adversaires vont retourner contre lui, le manipulant psychologiquement pour mettre en avant sa part de bestialité.Tout cela évidemment, sur fond de magie car nous restons dans un univers typiquement fantasy. À l’instar d’Oscar Wilde dans le Portrait de Dorian Gray, Howard utilise l’ellipse du reflet ici dans un miroir, pour montrer au personnage sa propre régression. C’est donc un combat contre lui-même que Kull doit livrer avant de pouvoir contrecarrer ses adversaires. Ce sont ces thématiques que j’avais déjà beaucoup aimées à la lecture des histoires de Conan.


L’histoire est ici adaptée par Doug Moench, qui je pense est resté très fidèle au texte d’origine. Le dessin quant à lui est de John Bolton, auteur que je ne connaissais pas. Il a une superbe maîtrise du lavis et de l’encrage qui donne un style très riche et subtil. Son utilisation des ombres et de la lumière donne à son noir et blanc une force et une profondeur rares. On sent ici un dessinateur ayant de bonnes connaissances classiques en dessin. Cela se voit dans la morphologie des personnages loin des stéréotypes liés à la bande dessinée. Un style proche de celui de John Buscema mais que je trouve plus subtil.


Quelques détails pour finir, cette fois sur l’album, il date de 1987 chez Delcourt. Il est intéressant de voir sur la page de garde qu’il n’y a que six autres albums existants (et qui sont tous indisponibles actuellement). L’éditeur débutait et n’avait pas encore de ligne précise mais montrait déjà dans ses choix une volonté de se différencier des éditeurs plus classiques. Vatine était déjà là indissociable du devenir des éditions Delcourt.

kull carnage delcourt
Kull par John Bolton
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Kull par John Bolton
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Extrait de Kull par John Bolton
kull carnage delcourt
Extrait de Kull par John Bolton


Chroniques du temps où Kull était roi
Tome 1 Carnage
Par Bolton & Moench
Delcourt 1987


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