mardi 3 avril 2012

Messalina de Jean-Yves Mitton



Le billet de ce jour va relativiser l’intituler du blog, car la série dont je veux parler est assez récente, mais c’est le genre même dont elle est issue, la pornographie, qui lui fait risquer l’oubli que pourtant elle ne mérite pas. Messalina est la toute dernière série de Jean-Yves Mitton. Deux tomes sont déjà parus sur les six annoncés. Mitton revient vers son genre de prédilection, le récit d’aventure historique. Si l’on a souvent vu poindre des touches d’érotisme comme dans Vae Victis ou les Chroniques barbares, il choisit ici un sujet sulfureux afin de faire un récit franchement pornographique. On pourrait croire sa vision de la vie de Messalina excessive, mais quelques recherches montrent qu’il n’en est rien. Les principales sources d’informations sont les écrits de Suétone et Tacite, qui la décrivent quasiment comme une putain. Les historiens semblent tempérer quelques peu ces rumeurs, qui viseraient à nuire a l’image historique du personnage, sans pour autant en nier complètement le fondement. On retrouve ici le fantasme du peuple imaginant avec délectation la débauche des classes dirigeantes, afin de mieux les détester. Fantasme ou réalité, nous ne faisons que répéter des schémas de pensés vieux comme le monde et toujours d’actualités.

Toujours est il que Jean-YvesMitton se fait plaisir avec cette série où l’on appréciera la rigueur de son dessin, à retranscrire un monde Romain qui semble très bien documenté. Il est agréable de voir ici un vieil habitué de la bande dessiné qui, sans intellectualiser sa démarche artistique, se montre d’une redoutable efficacité. Il maîtrise on ne peut mieux la narration. Capable de tout faire, il semble aborder avec aisance chacune de ses histoires. Il lui suffit de quelques cases pour nous transporter dans ses histoires et quel plaisir que de suivre ici le parcours de débauche de son héroïne.

Cela n'est pas sans évoquer Milo Manara et son travail sur les Borgia, autre adaptation d’un mythe historique tout aussi sulfureux. Sans volonté de les opposer mais plutôt de les comparer. Il est étonnant de voir que s’attaquant à des sujets aussi proches, le résultat diffère autant et pas seulement par le choix de Mitton d’aller vers la pornographie. Manara esthétise à outrance son récit, pour en faire un objet sulfureux et terriblement attractif. Comme s’il avait un besoin de séduction. Mitton ne semble pas chercher cela, mais plutôt son propre plaisir. Son travail est tout autant aussi, mais dans un genre plus spontané comme un bon artisan. L’observation est intéressante d’autant que les auteurs ont un parcours assez similaire ayant tous les deux commencés en dessinant des petites BD populaires et bon marché pour se faire la main. Mitton chez Lug à l’époque a surtout dessiné des récits d’aventure. Manara essayé aux Fumetti Neri, genre phare en Italie à cette époque. Notons pour l’anecdote que parmi les séries qui définirent le style Fumetti Neri, nous trouvions déjà à l’époque une série sur Messalina.

Messalina de Jean-Yves Mitton, Editions Ange








Pour le plaisr des yeux, la superbe couverture de l'intégrale des Borgia.


Le premier volume de la traduction de ce fumetti.

Messalina de Jean-Yves Mitton, tome 1 & 2, éditions Ange

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