lundi 6 août 2012

Tintin en Thaïlande de Bud E Weyser (1999)


Quoi de plus évocateur qu'un titre comme Tintin en Thaïlande, on imagine tout de suite quelque chose d'un peu graveleux et qui va mettre en image tous les fantasmes liés aux personnages d'Hergé. Cela sera vrai dans une certaine mesure mais avec plus de subtilité que dans la Vie sexuelle de Tintin (chroniqué précédemment sur le blog). Il y a trois grand axes dans cette bd, la parodie, la vie en Thaïlande des expatriés et une critique contre Moulinsart. Vaste programme que nous allons explorer.

Cette nouvelle aventure se situe à la fin de l'année 99 juste avant le fameux bug de l'an 2000, cela a son importance dans le récit. Tintin et ses amis partent en Thaïlande à la recherche de Séraphin Lampion. Ce dernier est parti en Thaïlande pour un séminaire et n'en est jamais revenu. Sa femme le soupçonne de dilapider son argent avec des prostitués. La rencontre inopinée de l'ex-générale Alcazar, reconverti en proxénète, va les diriger de bordel en bordel à la recherche du disparu. Force est de constater que le tourisme est peu culturel pour nos amis, même tournesol retrouve un semblant de jeunesse entre les mains expertes d'une jeune femme. Haddock en oublierait presque de boire. On croise de nombreux personnages de la série, notamment la Castafiore, reconvertie au punk avec un groupe de jeunes Thaïlandais. Alors que haddock retrouve Lampion au prise avec un transsexuel, Tintin  de son côté explore les boîtes gay de Chianmaï. C'est pour lui l'occasion de rencontrer un jeune homme, escort boy, en qui il croira reconnaître Tchang.
Il faut bien convenir que le suspense est intenable, mais je n'en dirais pas plus pour laisser le plaisir de la lecture aux plus curieux d'entre vous.

Sous le couvert d'une intrigue légère, c'est surtout l'occasion pour l'auteur de s'amuser à donner aux personnages une attitude sexuée qu'il leur a toujours fait défaut. Il exploite à fond le côté homo refoulé de Tintin. Les scènes avec Tchang sont d'ailleurs  assez intéressantes donnant une interprétation à la relation ambivalente des deux personnages. Ces scènes sont assez cocasses et donc l'occasion de se moquer du côté boy scout de Tintin. Alors qu'il veut aider son ami à se sortir de la prostitution, Tchang se moquera de sa naïveté et lui expliquera que la prostitution lui donne des moyens financiers, qu'il n'aurait pas autrement. Tintin sera le seul de la bande à ne pas profiter du tourisme sexuel, préservant ainsi une part d'innocence. Ce qui n'est pas le cas de Tournesol qui se révélera encore assez vert pour son âge, il manque d'épouser une jeune femme. Finalement c'est Haddock qui sera le plus soft. Il fera bien quelques écarts, mais préférera toujours l'alcool.
Un vison bien soft du personnage.

Au travers cette histoire aux nombreux rebondissements, transparaît une grande connaissance de la Thaïlande. Au-delà de l'humour apparaissent quelques constats sur le tourisme sexuel, qui sert autant de défouloir aux occidentaux que de porte de sortie pour les autochtones. Ca se voit avec le personnage d'escort boy à qui la prostitution donne un vrai train de vie. On le voit aussi avec les jeunes femmes qui espèrent trouver un époux étranger riche et naïf. 
Quelques recherches sur le net, m'ont confirmé que l'auteur, au doux pseudo de Bud E Weizer est un expatrié vivant en Thaïlande, d’où la bonne connaissance des us et coutumes local. J'ai appris au passage que de nombreux expatriés vivants en Thaïlande apparaissent dans la BD.

C'est aussi pour l'auteur l'occasion d'égratigner Moulinsart SA, qui comme chacun le sait, règne d'une main de fer sur l'héritage d'Hergé. Dans l'album, le patron de Moulinzouave est terrifié à  l'idée de ne pas toucher de droits d'auteurs sur l'album que Tintin risque de faire sur son escapade en Thaïlande. Il dépêche sur place un de ses sbires censés empêchés ça. Une mise en abîme assez amusante, quand on connaît le côté procédurier de Moulinsart. L’acharnement des héritiers à surprotéger l'œuvre d'Hergé est à mon sens une aberration. La popularité du personnage va bien au-delà  du cadre de la BD. Le sacraliser est une erreur, tant Tintin est une icône mondialement connue. Il aurait mieux fallu avoir un regard amusé sur les oeuvres apocryphes. Il faut voir ça comme un hommage et non pas un sacrilège et un manque à gagner pour les héritiers. Sur la fin de l'album il y a une autre scène savoureuse qui cette fois égratigne l'aspect mercantile des produits dérivés.

Je serais très bref sur l'aspect graphique de la chose, tant cela semble secondaire à l'auteur. Il se contente la plupart du temps de recopier les visages des personnages principaux. Les autres personnages et les décors étant dans un style plus amateur. 
Bien que l'ensemble soit plutôt inégale, cet album n'est pas dépourvu de qualités. Cela en fait une petite curiosité amusante à lire. 

La version que j'ai lu est estampillée Editions Farang, à priori une reproduction de la création de Bud E Weyser. Mais pour de plus amples informations, je vous conseille d'aller sur ce site spécialiste de la question : 
http://www.naufrageur.com/a-thai.html













A voir aussi : 

La vie sexuelle de Tintin : 


Oh sexy ! : 
Messalina :