mercredi 28 novembre 2012

La saga de Vam d'Igor Kordey (1988)


J'ai eu peu de temps l'été dernier de parcourir les brocantes et pourtant j'ai eu la chance de tombe sur les deux premiers tomes de la saga de Vam, une vieille série de fantasy, pour laquelle j'ai eu un énorme coup de cœur. Cette BD à été publiée dans Métal Hurlant dans les années 80, puis éditée en 88 aux Humanos, d'après ce que j'ai vu sur Bédéthèque. J'ai été surpris de découvrir avec Vam la toute première série d'Igor Kordey.

J'ai toujours plaisir à lire les œuvres de jeunesse des dessinateurs que j'aime bien. Pour les amateurs, il est difficile d'ignorer qui est Igor Kordey, tant cet auteur à été prolifique d'abord dans le milieu des comics, essentiellement chez Marvel (Câble, X-men, etc), puis dans l'édition Franco-belge.
Il a acquis au État Unis, une incroyable rapidité d'exécution qui lui permet de sortir environ 4 albums par an. Il est connu depuis quelques années pour la série fleuve l'Histoire secrète et pour quelques autres séries de qualités variables. Je me souviens avoir lu une bonne adaptation de Taras Boulba, d'après  Nicolas Gogol, ainsi que deux autres séries très recommandable Empire et le Cœur des batailles, toutes chez Delcourt.
Kordey à un style graphique réaliste très personnel, facilement reconnaissable car très expressif. Il ne cherche pas à esthétiser son dessin mais plutôt à le rendre le plus efficace et lisible possible. Des habitudes qui lui viennent notamment de sa longue période de travail aux États-Unis, où l'approche n'est pas artistique mais commerciale et impose un rythme soutenu de production. S'ajoute à ça l'expérience de la guerre qu'il a connue en Croatie, qui a créé une rupture entre ses premiers albums et sa période Américaine et pas mal influencée sa façon de travailler. Tous ces éléments expliquent sa rapidité et son style sans fioritures.
Pour la saga de Vam, le trait est bien évidemment plus hésitant, mais démontre déjà le potentiel à venir. Il y a de nombreuses erreurs de mise en page qui cassent la lecture. On le voir avec des textes qui débordent allègrement des cases, mais aussi dans l'enchaînement des différentes cases. Parfois les derniers dessins sont microscopiques afin de rentrer dans l'espace restant. Un problème que l'on comprend mieux à la lecture d'une interview, où il explique ne jamais faire de croquis préparatoires. Cela dit, si c'est visible au premier tome, cela évolue très vite par la suite. Sa capacité d'adaptation est sans doute sa principale force.
Malgré ces erreurs, il est indéniable que son dessin est ambitieux et donne régulièrement de superbes cases à l'incroyable puissance graphique. Cette efficacité graphique que l'on retrouve notamment pour la couverture du tome 2. Dans une autre interview, Kordey cite la lecture de Métal Hurlant comme une de ses sources d'inspirations. Ce qui pour la Saga de Vam, ne me surprend pas car on peut y voir l'influence de Druillet et Moebius. Ça explique aussi sans doute que sa première série ait été publiée aux Humanos.

L'autre aspect qui marque avec la Saga de Vam, c'est la densité du scénario de Vladimir Colin, auteur de SF Roumain qui adapte ici l'un de ses romans. L'histoire raconte le destin de Vam. Au commencement Ormag est le dieu suprême, maître de toutes créations. La vacuité de sa vie le pousse sur les conseils de Pil l'un de ses vassaux, à jouer avec le destin d'un humain. Il jette son dévolu sur Vam, qui deviendra simple jouet au gré de ses caprices. Mais la mort de sa bien aimé, va faire prendre conscience à Vam de la nature tyrannique des dieux et va défier à mort le tout puissant Ormag. L'outrage subit par Vam est tel qu'il influencera la vie de toute sa lignée.

Comme on peut le voir, l'auteur puisse son inspiration dans les mythologies européenne, qu'il réinvente tout en en gardant les principaux archétypes. Cette saga se construire comme une véritable tragédie où l'amour est le moteur d'un dépassement de soi, allant bien au-delà des limites de son héros. À travers le combat très symbolique de l'homme face aux dieux, L'auteur donne un côté quasi mythologique à son histoire. Une façon de construire son récit qui n'est pas sans rappeler le travail de Van Hamme (à une époque où il était encore inspiré) sur le Grand pouvoir du Schinkel ou les premiers Thorgal. On pense aussi à l'excellente série Gorn, dont les thèmes sont similaires, bien que le contexte différent. Il est intéressant de noter que l'écriture, la façon de construire le récit ainsi que sa puissance symbolique font immanquablement penser au travail de Jodorowsky. Or cette BD est l'adaptation d'un roman de 1961. On peut donc se demander si d'une certaine façon, ce roman n'aurait pas influencé Jodorowsky pour la création de sa mythologie cosmique. Ou peut être tout simplement que les auteurs ont eu des cheminements proches.

Bien que je n'aie pu en lire le dernier tome, il est certain que la Saga de Vam s'impose comme un chef d'œuvre bien trop discret, qu'il serait bon de voir rééditer un jour. En attendant je ne serais trop vous conseiller de prendre cette série si jamais vous la trouvez chez un bouquiniste ou au détour d’un bac d’occasion.

La  Saga de Vam, Kordey & Colin, Les humanoïdes associes (1988).














Quelques interviews de Kordey pour les plus curieux :
http://www.planetebd.com/interview/igor-kordey/79.html
http://www.actuabd.com/Igor-Kordey-Aux-USA-les-comics-sont-strictement-une-affaire-commerciale

mardi 6 novembre 2012

Aux fous les pompiers de Pef


J’ai récemment découvert grâce à ma sœur, un livre de Pef que je ne connaissais pas. Aux fous les pompiers est pourtant un livre paru dans les années 80, une époque ou nous dévorions tous ses ouvrages. Nous avions tout de suite été séduit par si ton si particulier et par son dessin qui transcrit si bien l’absurdité de ses histoires.
Dans ce livre, Pef nous raconte l’histoire d’une brigade de pompiers si pauvres, qu’il faut les prévenir par courrier en cas d’incendie car ils n’ont pas le téléphone.Par manque d’essence, ils sont forcés de pousser leur camion… Bref ils sont on ne plus miteux mais pourtant pleins de bonnes volontés. Ce qui fait qu’ils ont quand même une certaine efficacité. Ce qui leur vaut quelques honneurs et récompenses. Récompenses qu’ils s’empressent de dilapider en de gigantesque festin, façon Astérix. Une histoire joyeusement délirante où l’humour est toujours pour Pef le moyen de mettre en avant les thèmes qui lui sont chers.
Il y a en effet chez lui une volonté quasi pédagogique de désacraliser la position de l’adulte aux yeux des enfants. Il utilise pour ça l’artifice qui consiste à inverser la norme pour mieux en montrer les limites. Les pompiers qui sont a priori l’archétype de la probité deviennent ici des bras cassés qui sont tout sauf fiables. Pef, à travers ce genre d’idée, montre que les adultes ne sont pas parfaits. L’idée est de déstabiliser intelligemment les enfants afin de leur montrer qu’a leur image, adultes sont encore et toujours des êtres en devenir. Ainsi l’adulte gagne en humanité et devient un modèle qui accompagne et non qui s’impose telle la statue du Commandeur dans Dom Juan. À cela s’ajoute le fait que dans les dessins de Pef, les enfants semblent toujours porter un regard moqueur sur les adultes. Comme s’ils avaient l’instinct de ne pas trop les prendre au sérieux.
Comme nous l’avons vu, Pef affectionne les personnages imparfaits, mais cela n’est jamais une fin en soi chez lui. En effet, nul besoin d’être parfait pour s’accomplir. Nous le voyons chez nos pompiers qui malgré tout arrivent à une certaine réussite. La encore le message est très rassurant pour les enfants. Au lieu de nier ses défauts, il faut en jouer pour mieux les dépasser. Son principe est de refuser une norme (ou un jugement) qui imposerait des limites, mais au contraire transcender ça pour s’épanouir.
Finalement sous l’aspect de la légèreté et de l’humour, Pef fait preuve d’une grande intelligence de propos à l’égard des enfants. Il se refuse à un cynisme qui gâcherait la part de magie de l’enfance sans pour autant considérer qu’il faut bercer l’enfant d’illusions niaises et/ou stéréotypées qui seraient du coup un frein pour son développement.
C’est là tout son talent et pour moi la marque des grands auteurs.

Voici quelques extraits d'Aux fou les pompiers de Pef.











vendredi 2 novembre 2012

Capitaine Massacrabord de Mervyn Peake


Il y a quelque temps, j'ai découvert un superbe livre de Mervyn Peake dans la bibliothèque de mon neveu. Le genre de livre qui marque tant le graphisme et le ton sont à la fois étrange et séduisant. C'est un livre assez ancien, de 1939, réédité il y a peu par les éditions La joie de lire. La première chose qui marque c'est son dessin, on voit tout de suite qu'il n'est pas un auteur contemporain. Il y a dans son trait quelque chose qui évoque les planches académiques d'études de la faune et la flore. Le genre de dessin à la fois figé et hyper réaliste, comme on pouvait encore en voir dans les écoles ou les vieilles encyclopédies.

On sent son intérêt pour la morphologie, à travers les personnages ou animaux dont il déforme les corps pour mieux exprimer leurs caractères. Il invente une faune de chimères à l’aspect quelque peu grotesque et effrayant, qui m'évoque ces jeux où il fallait identifier les différents animaux constituant un ensemble chimérique. À travers une technique à base de points et de hachures, Peake parvient à donner des effets de matière très saisissants. Les planches de dessins de jungle sont vraiment très belles. Il a un dessin peu évident, au vu des standards des livres jeunesses actuels, mais tellement rafraîchissant et idéal pour habituer les mômes à un peu plus de diversité.

Le second aspect appréciable est l'histoire, dont la narration échappe à la structure classique. Le rythme du récit est lent par moments, très descriptif, puis d'un coup devient très elliptique. La fin ouverte est peu conventionnelle. Le personnage principal du capitaine pirate évolue certes vers une sorte de sérénité, mais c'est seulement lorsqu'il a perdu tous ses semblables, qu'il s'ouvre à une nouvelle forme de vie. Tout cela pour vous dire que ce livre, assez surprenant, est de ceux qui marquent longtemps. Je ne serais trop que vous en recommander la lecture.

Je ne connaissais pas Mervyn Peake avant de lire ce livre, il semble avoir eut une carrière assez riche en tant que romancier, poète et d'illustrateur. Celle-ci donne envie d'explorer son œuvre. Du coup je viens de commencer la lecture de la trilogie Gormenghast, avec Titus d’enfer, dont les premières pages sont déjà surprenantes.













En cours de lecture...


Blake et Mortimer par Sfar et Bravo


Il y a quelques années, Joann Sfar avait pour projet de reprendre la série Blake et Mortimer. Il aurait été, pour l'occasion, accompagné au dessin par Emile Bravo. L'idée  était alléchante, mais n'a jamais vu le jour. C'est dommage car le projet semblait vraiment ambitieux et aurait apporté une touche disons différente, par rapport aux derniers albums parus. 

Vous allez pouvoir découvrir ce qu'aurait pu être ce projet, en lisant les deux premières planches.  Ces deux pages proviennent d'un vieux numéro du magazine Bodoï, que je reproduis ici pour l'occasion.


la bibliothèque oubliée
blake et mortimer par Sfar et Bravo

blake et mortimer par Sfar et Bravo
blake et mortimer par Sfar et Bravo