samedi 11 mai 2013

Le Chevalier malheur de Duval et Bertho

Tout commence par hasard. Il y a un bail, j'ai trouvé dans un bac de solde, les deux premiers tomes de la série le Chevalier Malheur. J'avais un vague souvenir de cette série de fantasy chez Delcourt. Comme les albums ne coutaient qu'une bouchée de pain, j'ai tenté l'aventure. Lecture faite des tomes, je me suis rendu compte que non seulement l'histoire était originale mais qu'en plus le dessin était fort agréable. Par contre le récit restait inachevé. Il y avait un troisième tome, qui semblait introuvable.  Après quelques recherches, j'ai vu que la série était épuisée alors qu'elle n'était pas bien vieille. Je pense qu'en toute logiques le tirage pour la sortie du troisième tome, a du être revu a la baisse par l'éditeur.
Il m'aura fallu près de trois ans pour en trouver un exemple à un prix (et dans un état) décent.
J'ai donc pu me replonger avec plaisir dans la lecture de cette série fantasy de très bonne facture et qui mériterais  un brin de reconnaissance.

Le premier intérêt du scénario est qu'il évite l'écueil du récit fantastique ou toute l'histoire se situe autour des luttes de pouvoir au sein d'un royaume. Martin fait ca très bien dans le trône de fer, mais pour ca il développe une foultitude de personne à fortes personnalités.
En BD, l'action prime souvent sur les personnages, qui du coup semble facilement interchangeable d'une série à l'autre. Il y a de belle série, souvent fort bien dessinée mais qui à mes yeux n'ont pas d'âmes. sans éluder un contexte de fond, Pascal Bertho concentre son intrigue autour d' un vieux chevalier, qui n'est pas sans rappeler Bragon de la quête de l'oiseau du temps. Groene est un chevalier vieillissant, héro de la fameuse geste du Chevalier Malheur. Dans sa fougueuse jeunesse, il était le plus vaillant chevalier du Royaumes des trois pics. Mais il perd tout lors d'une terrible guerre fratricide. L'honneur de n'avoir su défendre son royaume, ses compagnons d'armes et la femme de sa vie. Depuis il n'est plus que l'ombre de lui même, ne vivant plus que dans l'illusion de la geste qui conte ses exploits passés.

Un élément apparait qui va pousser Groene a se confronter aux fantômes de son passé, notamment de ses compagnons d'armes. Ultime quête avant la mort, mais est il le maitre de son destin ? Tel est le véritable sujet de cette série.
Bertho partage son récit entre le présent et des flashback qui nous renseigne sur les moments forts de la vie de Groene. Si ses détracteurs aiment a penser qu'il juste un usurpateur chanceux, il semble pourtant qu'il a toujours su forcer son destin. Bertho insiste beaucoup sur les liens d'amitiés. Groene apparait autant comme ayant été soutenu par ses amis que comme un modèle infaillible. S'en suit un cheminement introspectif, ou le passé lui donne les clés et/ou la foi d'affronter son avenir.
L'écriture est agréable et il apparait que tant pour la forme que le fond, Bertho a une très bonne maitrise de son univers. Alors que le récit est entrecoupé de nombreux flashback, l'ensemble reste très fluide à la lecture. Notamment car Bertho travaille avec finesse les transition entre passé et présent. Il n'y a que sur le troisième volume ou l'ensemble est un peu moins harmonieux . Certaines transitions sont moins évidente, mais je pinaille. Par contre je pense qu'il manque un flashback qui aurait mieux explicité l'évolution de l'histoire d'amour.

Certains d'entre vous connaissent peut être le travail de Stéphane Duval, qui avant cette série avait déjà plusieurs albums de fantasy chez Delcourt. J'aime beaucoup son travail car son trait est assez particulier. Il m'est difficile d'expliquer exactement pourquoi. Disons qu'il est semble hors des quelques courants stéréotypés que l'on retrouve habituellement en BD. Duval ne semble pas chercher le beau mais plutôt l'émotion. Je trouve son trait à la fois sensible et énergique. De prime abord ca déstabilise un peu et pourtant dès que l'on est plongé dedans on ne peu être que sous le charme. SI ce n'est pas le cas, tant pis pour vous. Le ton particulièrement épique du Chevalier Malheur donne à Duval l'occasion de faire de belles planches très dynamiques. Cela se ressent surtout dans les flashbacks, ou l'insouciance et le courage sont très bien rendu. En contre partie, le dessin s'adapte à l'autre partie du récit, au rythme du chevalier épuisé par le remord et le poids des ans.
En prenant bien le temps d'observer le dessin, j'ai trouvé des points communs avec le travail
de Lereculey, surtout dans la façon de dessiner la nature. Ainsi que dans l'encrage. Difficile a vérifier, mais bon peut être se connaissent ils.


Duval

Lereculey

Pourtant à la relecture de la série, on en peut s'empêcher de noter quelques bémols.
Dans le second volume, je ne comprends pas pourquoi lors de certains flashbacks, le fond des pages apparaissent en noir. Ce n'est absolument pas le cas dans les deux autres albums. Je trouve que cela perturbe la lecture sans que cette décision soit très compréhensible. 
Par exemple sur cette page, c'est moche et cela perturbe la lecture. 

Autre point plus important, il est incontestable que le choix des couvertures est raté. Pourtant chez Delcourt, les illustrations de couvertures sont plutôt soignées. Ici, elle ne sont pas moches, mais franchement peu attirantes. La première est quelconque, n'évoque rien de notable, ou plus exactement c'est un hommage à la Quête de l'oiseau du temps de Loisel. La comparaison suivante ne trompe pas. Un hommage évident, mais qui ne sert pas particulièrement l'album. 





La couverture du second tome est la plus réussi. La trouvaille visuelle est parlante de suite et du coup interpelle mieux. Celle du dernier tome se passe de commentaire, tant elle est manifestement bâclée. 

Cela dit comme je l'évoquait plus haut, la série n'a pas du rencontrer le succès espéré. Ce qui a du pousser l'éditeur et les auteurs à produire le troisième tome avec moins de passion. Outre la couverture ratée donc, le dessin intérieur est beaucoup moins séduisant et supporte mal la comparaison avec les tomes précédents. Impression d'autant plus renforcée, que la couleur de cet album est informatique. Ce qui créera une rupture, par rapport aux deux premiers albums. Pour un résultat, peu intéressant, comme l'on peut le voir sur la comparaison suivante. 

Exemple du tome 1 et du tome 3


Puisque que nous parlons de couleur, c'est l'occasion de parler du travail de coloriste d'Isabelle Cochet. Sa palette de couleurs est belle et lumineuse. Elle sait en jouer pour créer des ambiances différents en fonction des scènes. Un travail très fin et qui s'adapte bien au dessin de Stéphane Duval. Au final, la couleur est un élément aussi important que le dessin et cela contribue au charme des premiers albums.  Ce qui était d'ailleurs la marque de fabrique chez Delcourt jusqu'au début des années 2000. Il y avait, à l'époque, plein de talentueux coloristes, comme Isabelle Rabarot, connue entre autre pour ses couleurs des albums Vatine.
Pour mieux découvrir le travail d'Isabelle Cochet, je vous invite à visiter la page suivante :
http://www.bedetheque.com/auteur-515-BD-Cochet-Isabelle.html

Si il est dommage que la série se finisse sur un album plus faible, cela ne remet pour autant en cause l'ensemble qui est assez plaisant.


Le Chevalier malheur de Duval et Bertho

Le Chevalier malheur de Duval et Bertho

Le Chevalier malheur de Duval et Bertho

Pour le plaisir, voici les premières pages du Chevalier malheur.

Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho
Le Chevalier malheur de Duval et Bertho

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