mardi 25 février 2014

L'expo Mécahumanimal de Bilal au musée des Arts et Métiers

Pour les parisiens, l’exposition Bilal est prolongée jusqu’au 18 mars au musée des Arts et Métiers. Une bonne occasion de (re)découvrir cet auteur.

Pour ma part son dessin me touche beaucoup. J’ai découvert ses albums à l’adolescence et cela changé à mon goût de la BD. Mais force est de constater que depuis la fin de la trilogie Nikopol, ses albums sont de plus en plus obscurs. Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, il apparaît clairement que la bande dessinée n’est plus le registre d’expression qui correspond à sa façon de travailler. Cela nécessite une certaine forme de contrainte qu’il faut sans cesse réinventer (ou pas ça dépend du talent). Bilal lui l’ignore complètement. Les principes même de mise en page ou de narration ne correspondent plus à sa façon de travailler. C’est un peintre qui travaille dans la démesure. La BD est devenue bien trop restrictive pour lui.  
C’est d’autant plus évident qu’une certaine forme de mégalomanie, rend ses propos de moins en moins compréhensible. Un auteur ne doit pas mâcher le travail pour son lectorat, mais il faut quand même lui laisser une porte d’entrée. Sans ça l’on reste en dehors de l’œuvre. C’est ce qui est arrivé avec la tétralogie du Monstre. Même si la critique reste positive sur ses derniers albums, le lectorat lui ne suit plus. En tant que libraire, force est de constater une érosion de son lectorat. Ce qui symptomatique à l’heure où sa valeur artistique est plus que jamais reconnue. Il apparaît clairement que la bande dessinée n’est plus le mode d’expression adapté pour cet artiste.

Du coup, alors qu’il explore de nouveaux horizons, on est en droit de penser que ses démarches seront plus réussies, ou tout du moins intéressantes. Malheureusement cette exposition au musée des Arts et Métiers est loin d’être convaincante. En effet l’exposition tend à faire ressortir un lien entre le musée et la thématique de l’hybridation humain/mécanique, omniprésente dans l’œuvre de Bilal. L’intention est bonne tant cela semble évident, mais dans les faits le résultat est assez pauvre. Le propos de l’exposition est mis en valeur à travers trois axes.

Premièrement, Bilal a créé des peintures sur l’hybridation homme/machine. Selon sa technique depuis quelques années, il a imprimé sur toile des photos de son choix sur lesquelles il peint, transformant ainsi l’image première avec sa propre touche. Les peintures qui en résultent sont saisissantes. Mais son travail se limite à seulement quatre peintures. C’est un peu court à mes yeux pour justifier l’exposition.

Le second axe, consiste à extraire des appareils du musée pour les inclure dans l’expo. Là l’interaction de Bilal consiste simplement à renommer selon son idée les appareils. Même si les machines sont intéressantes, ça relève quasiment de l’imposture intellectuelle. Il n’y a aucun apport réel, autant visiter directement l’expo permanente du musée des Arts et Métiers. D’autant que la scénographie pour intégrer les machines dans l’expo est la plupart du temps sans intérêt. C’est bien simple, c’est la partie la plus faible de l’exposition. J’ai observé les visiteurs, la majorité en ignoraient la présence.

Le cœur de l’expo étant en réalité une rétrospective de son œuvre. Il y a de nombreuses pièces exposées, essentiellement autour de la trilogie Nikopol et des albums suivants. On y voit même de nombreux extraits de l’album à paraître cet automne. Son travail avec Christin est très peu abordé. Dommage c’est la partie que je préfère. Reste que c’est une belle manière d’aborder l’évolution de son œuvre et de ses techniques de travail.

Sans être un ratage, on ne peut que regretter que les thématiques n’aient pas mieux été mises en valeur. C’est au départ un projet ambitieux qui finit comme une simple rétrospective. C’est assez représentatif de l’aura démesurée dont bénéficie Bilal. Certains à force de crier au génie en parlant de lui, ont fini par oublier d’avoir un regard critique et objectif sur ses démarches. Une approche plus humble aurait sans doute permis à l’exposition d’être plus juste.

Au delà de toutes  ces considérations, cela reste l'occasion de voir en vrai de nombreuses œuvres de Bilal. Lorsque l'on apprécie son style, c'est déjà appréciable.  

Le site de l'exposition : 

Un catalogue d'expo est disponible chez Casterman. 


Deux des peintures réalisées pour l'exposition. 



Voilà la brochure de quatre pages donnée à l'entré de l'exposition.











Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire