vendredi 21 février 2014

L'imploseur de Delépine, stan & Vince

Stan & Vince sont parmi mes auteurs fétiches, ca ne s’explique c’est comme ça. J’ai toujours aimé leurs albums. Je suis fidèle depuis le démarrage de Vortex, c’est dire que ça fait un bail. Pourtant de façon un peu inexplicable, il restait un album que je n’avais jamais lu.
C’est chose faite depuis hier. Jai eu la chance de tomber sur l’Imploseur dans un bac à fouille à un tout petit prix. Et dans un état nickel. Bref cet album n’attendait que moi. Mais bon ca vous vous en moquez un peu et vous vous demandez ce qu’est ce fameux album ?

L’Imploseur est paru au début des années 200à chez Albin Michel. C’est la première des trois collaborations entre Benoit Delépine et notre duo de dessinateur. Un road trip violent dans un futur post-apocalyptique bien dégueulasse. D’ailleurs la couleur est affichée dès la quatrième de couv «  2042. Dans ce monde ultralibéral, une seule règle : l’ultra violence ».
Effectivement le monde de 2042 selon Delépine est assez ignoble et sans pitié pour les faibles, au sens pauvre du terme. Son héros K, ex-militaire responsable d’un génocide, est depuis reconverti comme garde du corps. Il se voit confier une mission inhabituelle pour laquelle il va réunir une poignée de salopard. La suite est sanglante.

Nous avons à faire  à une BD d’action/aventure, extrêmement rythmée. Ca va vite, ça cogne fort, ca baise pas mal et le ton est assez désespéré dans l’ensemble. On peut s’en satisfaire si l’on en fait une lecture, disons premiers degrés de cet album. Cependant Delépine prends le temps d’inscrire son histoire dans un contexte et dénonce à travers ce récit les dérives de notre société qui le font gerber. Cette extrapolation outrancière est bien une critique sociétale du capitalisme, où l’individualisme et la consommation sont les vecteurs de nombreuses dérives.

Certains, choqués par la violence ou le cul, pourraient y voir une certaine simplicité, voir une facilité. Mais ca serait renié la vision féroce que Delépine porte sur notre époque, que ca soit à la télé avec le Groland ou au Cinéma avec ses films quasi expérimentaux. Il utilise plus souvent l’humour ou l’absurde comme arme pour s’exprimer. la vision violente de l'avenir est dans le même esprit.

Au dessin nous retrouvons Stan & Vince, qui s’offrent ici une récréation entre deux albums de Vortex. Il est évident à la lecture de l’album, que leur style est totalement adapté au scénario de Delépine. Ils sont capables de récréer avec grandeur et beaucoup de décadence cet univers en pleine dégénérescence. Ils adoptent un trait très nerveux et cherche à dynamiser à outrance le dessin. Notamment en jouant avec des disproportions des corps et des déformations des perspectives des décors. Une pratique courante en comics ou dans les mangas, mais assez rare à l’époque en France. Ce qui n’a rien d’étonnant, car les deux lascars s’était offert une parenthèse américaine quelques années auparavant. Ce qui a radicalement fait évoluer leur dessin. Usant de leur virtuosité, les auteurs nous livrent une mise en page très variée en multipliant les plans sous tous les angles possibles. Le rythme est lui induit par un bon enchainement des cases. Souvent une myriade de petites cases amènent à une demie page summum du déroulé d’une scène d’action. Bref un montage graphique quasi cinématographique. Quitte à faire de l’action, autant le faire bien et Stan et Vince ne s’en privent pas. Ils innovent aussi en décomposant tout le mouvement d’une scène en une seule case. Ca tient de l’exercice de style, mais c’est assez efficace et contribue à donner un ton à part à cet album. On ne peut parler du dessin sans évoquer les couleurs de Walter, coloriste attitré de Stan & Vince depuis quelques albums. Il s’essaie à un traitement des couleurs différent de ce qu’il avait fait précédemment sur Vortex. Les couleurs du premier plan sont toujours plus détaillées, donnant beaucoup de volume au dessin, quand l’arrière plan est lui traité en aplat plus discret. Une technique qui colle parfaitement à la volonté de dynamisme de l’album. Son rendu numérique peut quelque peu déstabiliser, les lecteurs ayant l’habitude de BD plus traditionnelles. Ceci dit l’album a un peu plus de treize ans et l’on se rend compte que depuis la BD franco/belge à beaucoup évoluée. Les jeunes auteurs intégrant plus facilement les influences étrangères.


Il est aussi amusant de noter que le personnage de K emprunte ses traits à Albert Dupontel. Sa compagne quand à elle, ressemble assez à Deborah Dyer, la chanteuse de Skunk Anansie.




Sans crier au génie, vous comprenez que j’ai beaucoup aimé cet album. Je ne peux que conseiller la lecture de cet album aux curieux et à ceux sensible à ce genre d’histoire. 



Pour vous faire une idée, voilà les premières pages : 









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